Cumul d’activités dans la fonction publique : ce que dit la loi et comment éviter la révocation

Un fonctionnaire peut-il exercer une activité secondaire sans risque ? Entre l’envie de compléter ses revenus et l’obligation de consacrer l’intégralité de son temps à son employeur public, la frontière est mince. Deux arrêts récents (juillet 2025) rappellent les règles strictes en matière de cumul d’activités – et les sanctions lourdes encourues en cas de manquement. Arrêt maladie, activité non déclarée, ou entreprise parallèle… Quels sont vos droits et vos obligations ? Décryptage.


1. Le principe d’exclusivité : un fonctionnaire doit-il se consacrer uniquement à son travail public ?

Oui, sauf exceptions strictement encadrées. L’article L. 123-1 du Code général de la fonction publique (CGFP) est clair :

« L’agent public ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. »

Cela signifie que : ✅ Votre temps de travail appartient à l’administration – même en arrêt maladie (comme l’a rappelé le Tribunal administratif de Nancy en juillet 2025). ❌ Toute activité parallèle non autorisée est interdite, qu’elle soit rémunérée ou non, et même si elle est exercée bénévolement (ex. : aider son conjoint dans un restaurant).

⚠️ Attention : Une fonctionnaire en arrêt maladie a été révoquée pour avoir travaillé dans un bar-restaurant sans autorisation. Son argument (« mon médecin m’autorisait à sortir ») n’a pas convaincu les juges : un certificat médical ne vaut pas autorisation de cumul.


2. Quelles activités secondaires sont autorisées ?

Certaines exceptions existent, mais sous conditions :

🔹 Activités libres (sans déclaration ni autorisation)

  • Création artistique ou intellectuelle (écriture, peinture, musique…).
  • Enseignement ou activités artistiques pour les enseignants (ex. : donner des cours particuliers).

🔹 Activités soumises à déclaration

  • Activités occasionnelles et non lucratives (ex. : bénévolat dans une association).
  • Participation à des jurys ou conférences (si liée à votre expertise professionnelle).

🔹 Activités nécessitant une autorisation préalable

  • Aider son conjoint dans une entreprise (art. R. 123-8 CGFP).
  • Exercer une profession libérale ou commerciale (ex. : consultant, auto-entrepreneur).
  • Créer ou gérer une société (même en tant que gérant minoritaire).

➡️ À savoir : Une autorisation est obligatoire, même si l’activité est non rémunérée ou exercée pendant un congé maladie.


3. Que risquez-vous en cas de cumul illégal ?

Les sanctions sont lourdes et peuvent aller jusqu’à la révocation, comme dans ces deux cas récents :

📌 Cas n°1 : Une fonctionnaire révoquée pour avoir travaillé dans un restaurant pendant son arrêt maladie

  • Faits : Elle aidait son conjoint dans un bar-restaurant sans autorisation, y compris en semaine et la nuit.
  • Sanction : Révocation confirmée par le TA de Nancy (juillet 2025).
  • Pourquoi ? :
    • Aucune demande d’autorisation déposée.
    • L’arrêt maladie ne suspend pas l’interdiction de cumul.
    • Même non rémunérée, l’activité était interdite.

📌 Cas n°2 : Un fonctionnaire révoqué pour avoir géré des sociétés employant 19 salariés

  • Faits : Il a créé et dirigé plusieurs entreprises entre 2016 et 2023, sans déclaration, tout en étant en congé maladie.
  • Sanction : Révocation validée par le TA de Cergy-Pontoise (juillet 2025).
  • Pourquoi ? :
    • Activité trop importante (19 salariés) pour être considérée comme « accessoire ».
    • Durée prolongée (7 ans) et manquement grave à l’obligation de loyauté.
    • Preuves obtenues légalement (enquête par un détective privé, sans intrusion).

⚠️ Autres risques :

  • Reversement des sommes perçues (art. L. 123-9 CGFP).
  • Sanctions disciplinaires (avertissement, blâme, exclusion temporaire).
  • Perte de confiance de l’employeur, même pour une activité bénévole.

4. Comment déclarer un cumul d’activités en toute légalité ?

Pour éviter les pièges, voici la marche à suivre :

Étape 1 : Vérifier si votre activité est autorisée

  • Consultez les articles L. 123-1 à L. 123-8 du CGFP.
  • Certaines activités (ex. : œuvre de l’esprit) sont libres, d’autres nécessitent une déclaration ou une autorisation.

Étape 2 : Déposer une demande auprès de votre employeur

  • Pour une activité soumise à déclaration : Envoyez un courrier ou un formulaire à votre administration.
  • Pour une activité nécessitant une autorisation : Fournissez un dossier complet (description de l’activité, durée, rémunération éventuelle).

Étape 3 : Attendre la réponse

  • Silence = refus (sauf pour les activités libres).
  • En cas de refus, vous ne pouvez pas exercer l’activité, sous peine de sanctions.

Étape 4 : Respecter les limites

  • L’activité doit rester accessoire (ne pas empiéter sur votre travail principal).
  • Pas de conflit d’intérêts (ex. : travailler pour un concurrent de votre administration).

5. Que faire si vous êtes en arrêt maladie ou en congé ?

L’arrêt maladie ou le congé ne vous exonère pas des règles de cumul !

  • Un fonctionnaire en arrêt maladie ne peut pas exercer une activité professionnelle, même non rémunérée.
  • Un congé (parental, sabbatique, etc.) peut permettre certaines activités, mais sous conditions (vérifiez auprès de votre administration).

➡️ Exemple : Un agent en congé longue maladie qui crée une entreprise sans autorisation risque la révocation, comme dans le cas du gérant employant 19 salariés.


🔎 En résumé : les 5 règles d’or pour éviter la sanction

  1. Toute activité secondaire doit être déclarée ou autorisée (sauf exceptions).
  2. Même non rémunérée, une activité professionnelle est interdite sans accord.
  3. Un arrêt maladie n’autorise pas le cumul (sauf si votre médecin le précise explicitement – ce qui est rare).
  4. Une activité trop importante (ex. : gérer une entreprise avec des salariés) sera considérée comme une faute grave.
  5. En cas de doute, consultez votre service RH ou un juriste avant de vous lancer.

🚨 Appel à l’action : Protégez votre carrière !

Vous envisagez une activité secondaire ? Ne prenez pas de risque : ✔ Vérifiez si votre projet est autorisé (consultez le Code général de la fonction publique). ✔ Déposez une demande écrite auprès de votre employeur. ✔ Consultez un représentant du personnel ou un avocat spécialisé en cas de doute.

💡 Besoin d’aide ? Certaines administrations proposent des formations sur la déontologie et le cumul d’activités – renseignez-vous !


📌 Pour aller plus loin

⚠️ Un doute ? Mieux vaut demander avant d’agir ! Une erreur de procédure peut coûter cher… jusqu’à votre poste.

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